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POLLUTION LIEE AUX INCENDIES DE VEGETATION : L’ANSES PUBLIE SON RAPPORT ET FORMULE DES RECOMMANDATIONS CLES POUR LA SANTE DES INTERVENANTS

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21 juillet 2026

Dans un avis et un rapport d’expertise collective publiés en juin 2026 (saisine n° 2023-SA-0154), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) dresse un bilan complet des impacts sanitaires et environnementaux liés aux fumées des feux de végétation. Ce travail scientifique apporte un éclairage indispensable sur la toxicité aiguë des fumées, les risques spécifiques encourus par les sapeurs-pompiers et les autres services d’intervention, ainsi que sur la nécessité de renforcer la prévention et la traçabilité des expositions.

1. Une toxicité des fumées nettement supérieure à la pollution urbaine classique

L’ANSES souligne que les incendies de végétation, dont la fréquence et l’intensité s’accroissent sous l’effet du changement climatique, émettent un mélange complexe et hétérogène de polluants : particules fines, monoxyde de carbone, composés organiques volatils, hydrocarbures aromatiques polycycliques, oxydes d’azote et composés azotés.

L’un des enseignements majeurs du rapport réside dans la toxicité accrue des particules issues des feux de végétation par rapport à la pollution atmosphérique de fond habituelle :

  • À concentration égale en particules fines, les fumées d’incendies génèrent une relation exposition-risque 2 à 10 fois plus élevée pour la morbidité respiratoire.
  • Ce surcroît de toxicité s’explique par un potentiel oxydant et un caractère pro-inflammatoire accrus, directement liés à leur forte composante carbonée et chimique.
  • L’ANSES indique d’ailleurs que le régime de combustion (phase de flamme vs phase couvante) influe de façon déterminante sur la composition des émissions, la combustion couvante à basse température libérant davantage de composés organiques oxygénés, de monoxyde de carbone et de particules.

2. Effets sanitaires chez les sapeurs-pompiers et les intervenants de terrain

L’expertise collective fait un point précis sur la santé des professionnels de la lutte contre le feu et des agents engagés sur le terrain :

Effets aigus et contraintes de terrain

  • Atteintes respiratoires : L’exposition directe entraine des symptômes aigus (toux, dyspnée, irritations des voies aériennes) et une altération transitoire de la fonction respiratoire.
  • Gêne ORL, oculaire et cutanée : Les atteintes oculaires et oropharyngées sont fréquentes. L’ANSES note que le port des lunettes de protection individuelle est parfois difficile à maintenir sur le terrain en raison d’un manque de tolérance ou de buée, rendant l’exposition oculaire invalidante.
  • Voie cutanée : La peau constitue une voie d’absorption des toxiques contenus dans les fumées (notamment les HAP).

Facteurs de sur-risque opérationnels

  • Les risques cardiovasculaires et respiratoires ne sont pas dus uniquement aux toxiques inhalés : ils sont fortement amplifiés par l’effet combiné du stress thermique, de la déshydratation, de la charge physique extrême, de la fatigue accumulée et du stress psychique.
  • Les causes prédominantes de mortalité en intervention restent d’origine cardiovasculaire (morts subites, collapsus) ou accidentelle (piégeage, accidents routiers ou aériens).

Risques à long terme et cancérogénicité

  • L’activité professionnelle de lutte contre les incendies est classée comme cancérogène certain pour l’Homme (Groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC).
  • L’ANSES pointe toutefois le manque d’études épidémiologiques longitudinales spécifiques permettant de mesurer précisément l’impact propre des seuls feux de végétation sur le long terme par rapport aux autres types d’incendies.

3. Les recommandations de l’ANSES pour la protection des intervenants

Afin de mieux protéger les agents des Services d’Incendie et de Secours (SIS) et les agents des autres services d’État ou des collectivités mobilisés (ONF, forces de sécurité, agents des routes, etc.), l’ANSES formule plusieurs recommandations ciblées :

A. Renforcement du suivi médical à très court terme (0 à 7 jours)

  • Soutien Sanitaire Opérationnel (SSO) : Poursuivre et renforcer le rôle du soutien sanitaire lors des interventions pour détecter immédiatement les signes de détresse respiratoire, cardiaque, de déshydratation ou de coup de chaleur.
  • Bilan post-intervention : Assurer une traçabilité et une prise en charge systématique dès la survenue de symptômes dans les 7 jours suivant l’exposition aux fumées.

B. Traçabilité individuelle et suivi de santé au travail

  • Traçabilité des expositions : L’ANSES souligne l’importance de l’application de la circulaire du 14 janvier 2025 relative à la santé et à la sécurité en service dans les SIS, visant à renforcer la traçabilité individuelle des expositions des agents.
  • Visites médicales périodiques : Maintenir des examens ciblés lors des visites de médecine du travail (spirométrie, électrocardiogramme) et développer l’usage de biomarqueurs d’exposition (ex. dosage des HAP hydroxylés urinaire).

C. Recherche et études longitudinales

  • L’Agence recommande aux équipes de recherche de mettre en place des études longitudinales à long terme avec un suivi étalé sur plusieurs années pour évaluer les effets cumulés des expositions répétées aux fumées d’incendies de végétation.

4. Protection élargie : populations et milieux environnants

Au-delà des agents en première ligne, l’ANSES formule des préconisations pour la gestion globale des risques sous le panache de fumée :

  • Aide à la décision opérationnelle : Développer des outils de prévision en temps quasi réel de la dispersion des fumées (combinaison de modélisation, mesures au sol et données satellitaires) pour anticiper les zones exposées.
  • Surveillance sanitaire de la population générale : Exploiter les réseaux de surveillance syndromique (SurSaUD®, urgences Oscour®, SOS Médecins) pour détecter les tensions sur le système de soins.
  • Protections spécifiques des populations vulnérables : Adapter les consignes d’évacuation ou de confinement pour les groupes à risque (enfants, femmes enceintes, personnes âgées, insuffisants respiratoires ou cardiaques).
  • Surveillance environnementale et alimentaire post-incendie : Mettre en place un contrôle renforcé des captages d’eau destinée à la consommation humaine (risque d’apport de cendres, de carbone organique et de sous-produits de désinfection) et des productions agricoles sous le panache (lait, œufs, fruits et légumes).