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Depuis plusieurs jours, la France découvre des images spectaculaires de sapeurs-pompiers engagés
sur des incendies d’une ampleur exceptionnelle. Les responsables politiques saluent leur courage, leur
dévouement et leur engagement sans faille.
Pourtant, nous refusons que le mot « héros » serve une nouvelle fois à dissimuler la réalité.
Les sapeurs-pompiers ne demandent ni admiration particulière, ni glorification permanente. Ils de
mandent simplement de pouvoir accomplir leurs missions dans des conditions compatibles avec les en
jeux auxquels ils sont confrontés, avec des effectifs suffisants, des équipements adaptés et des moyens
opérationnels à la hauteur.
La situation actuelle n’est pas uniquement la conséquence d’un contexte climatique de plus en plus ex
trême. Elle résulte également de plus de vingt années de sous-investissement dans la Sécurité civile,
d’alertes répétées restées sans réponse et de choix politiques qui ont progressivement affaibli notre ca
pacité collective à faire face aux crises majeures.
Aujourd’hui, la forêt brûle.
Et qui retrouve-t-on aux côtés des sapeurs-pompiers pour lutter contre les flammes ?
Des agriculteurs avec leurs citernes, des militaires, des élus locaux, des bénévoles et des citoyens mo
bilisés. Une chaîne de solidarité remarquable qui témoigne de l’engagement de toute une population.
Mais lorsque les citoyens doivent compenser les insuffisances du service public, il ne s’agit plus seule
ment de solidarité. C’est le symptôme d’un système arrivé à ses limites.
Dans plusieurs Services départementaux d’incendie et de secours, des sapeurs-pompiers profession
nels sont contraints de poser des congés s’ils souhaitent partir sur les colonnes de renfort. Dans le
même temps, l’État appelle les employeurs à libérer les sapeurs-pompiers volontaires afin de renforcer
les dispositifs de lutte contre les incendies.
Comment expliquer qu’un sapeur-pompier professionnel doive utiliser ses jours de congé pour exercer
son métier et protéger la population ?
Cette contradiction est incompréhensible. Elle est surtout indigne des défis auxquels notre pays est dé
sormais confronté.
Depuis des années, nos organisations syndicales alertent sur le manque chronique d’effectifs, le vieillis
sement des matériels, l’insuffisance des équipements de protection individuelle, la dégradation des
conditions de travail et l’absence d’une véritable ambition nationale pour la Sécurité civile.
Ces alertes ont trop souvent été minimisées. Aujourd’hui, les faits sont incontestables.
La doctrine française d’attaque rapide et massive des feux naissants, longtemps reconnue comme l’une
des plus efficaces au monde, devient de plus en plus difficile à mettre en œuvre faute de moyens hu
mains et matériels suffisants.
Les conséquences sont désormais bien connues : des incendies toujours plus rapides et destructeurs
ayant déjà ravagé plus de 120 000 hectares, des intervenants davantage exposés aux risques opéra
tionnels et sanitaires avec plus de 130 sapeurs-pompiers intoxiqués dont six pris en charge en caisson
hyperbare, des risques de contamination à long terme encore mal évalués, plus de 200 habitations dé
truites, des activités économiques durablement affectées avec des entreprises fermées ou sinistrées, et
parfois des vies perdues chez les sapeurs-pompiers.
Face à cette situation, nos organisations syndicales exigent :
- Un engagement financier durable de l’État en faveur de la Sécurité civile.
- Un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels ;
- Le renforcement immédiat des moyens nationaux de la Sécurité civile ;
- Le renouvellement et la modernisation des matériels opérationnels ;
- L’amélioration des équipements de protection individuelle ;
- Un suivi médical renforcé des personnels exposés ;
- Une transparence complète sur l’état réel des effectifs et des ressources disponibles ;
Le Gouvernement appelle régulièrement les Français à développer leur résilience.
Mais la résilience ne peut devenir le prétexte à un désengagement progressif de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes de protection de la population.
La résilience d’une Nation ne consiste pas à apprendre à vivre avec le manque de moyens.
Elle repose au contraire sur la capacité de l’État à anticiper, protéger et soutenir celles et ceux qui as
surent chaque jour la sécurité de nos concitoyens.
Parce qu’au bout du courage des sapeurs-pompiers commence la responsabilité de l’État.
Et parce qu’aucune résilience collective ne remplacera jamais les moyens que la Nation choisit de
consacrer, ou de ne pas consacrer, à ceux qui la protègent.
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