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L’A400M contre les feux de forêts : Le SNSPP-PATS interpelle la DGSCGC pour exiger la sécurité des personnels au sol
Face à l’annonce par voie de presse d’un engagement imminent de l’avion militaire A400M dans la lutte contre les feux d’espaces naturels, le SNSPP-PATS a adressé un courrier officiel à Julien Marion, Directeur Général de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises (DGSCGC). Si la violence inédite de la saison des feux impose de mobiliser tous les moyens opérationnels disponibles, l’emploi de ce vecteur lourd sans préparation préalable soulève d’immenses inquiétudes quant à la sécurité de nos sapeurs-pompiers au sol.
Depuis le mois de juin, les massifs et espaces naturels français font face à des incendies d’une virulence rare. Marquée par un démarrage particulièrement précoce, cette saison met la disponibilité de nos moyens humains, matériels et aériens à rude épreuve. Pour autant, l’urgence opérationnelle ne saurait balayer la règle d’or réaffirmée par la Direction Générale elle-même dans le dernier Ordre National d’Opérations Feux de Forêts : la première préoccupation du Commandant des Opérations de Secours (COS) doit être la sécurité des personnels.
C’est précisément au nom de cette sécurité que Frédéric Monchy, Président du SNSPP-PATS, pose trois conditions et alertes techniques majeures avant tout engagement opérationnel de l’A400M.
1. Zéro manœuvre en situation réelle : un saut dans l’inconnu inacceptable
La réussite de la lutte contre les feux de forêts repose historiquement sur l’osmose et la parfaite coordination tactique entre les forces au sol et les vecteurs aériens. Or, si les forces armées ont validé la capacité théorique de l’A400M à larguer des masses d’eau ou de produit retardant, aucune manœuvre n’a été réalisée à ce jour dans des conditions proches du réel.
Pour le SNSPP-PATS, envoyer un avion de cette configuration sur un chantier actif sans campagnes de tests préalables approfondies et sans exercices pratiques interarmées fait courir un risque inconsidéré aux troupes engagées sous le feu. La coordination ne s’improvise pas sur un sinistre majeur.
2. Qualification ABE : Le pilotage de feu ne s’improvise pas
Être un excellent pilote de transport stratégique militaire ne confère pas automatiquement les compétences d’un pilote de bombardier d’eau (ABE). Voler à très basse altitude (environ 150 pieds / 45 mètres du sol lors des passes de largage) au milieu de reliefs accidentés, dans des conditions aérologiques sévères marquées par de fortes turbulences thermiques et une visibilité quasi nulle due aux fumées, exige une formation ultra-spécifique.
À ce jour, les équipages de l’armée de l’Air et de l’Espace ne disposent pas des qualifications spécialisées dispensées aux pilotes de Canadair ou de Dash de la Sécurité Civile. Propulser des personnels non aguerris à cette technicité extrême sur des théâtres d’opérations instables met en danger la sécurité des vols, mais aussi la vie des sapeurs-pompiers au sol qui subissent l’impact direct de largages massifs de 20 tonnes.
3. Le trou noir des communications : Réseaux cryptés vs VHF tactique
C’est le point noir technique qui bloque toute réactivité en intervention : l’interopérabilité des transmissions. Les aéronefs de la Sécurité Civile communiquent de manière fluide et directe via des canaux tactiques aéronautiques civils standardisés (VHF) avec le COS ou l’officier “Aéro” au sol. À l’inverse, l’A400M évolue sur des architectures radio militaires hautement sécurisées et cryptées.
Actuellement, il n’existe aucun protocole technique éprouvé permettant une liaison radio fluide, directe et instantanée entre l’équipage de l’A400M et un commandement de SDIS au sol. En intervention, une seconde de latence ou une incompréhension peut s’avérer fatale. Sans harmonisation des procédures et sans garantie de pouvoir imposer un « silence radio » immédiat lors des passes de largage, le risque opérationnel est maximal.
Le SNSPP-PATS ne s’oppose pas au renforcement des moyens aériens nationaux, devenu indispensable face au changement climatique. Cependant, l’intégration de nouveaux outils ne doit jamais se faire au détriment de l’intégrité physique des agents.
Notre syndicat attend désormais un retour clair et des garanties fermes de la part du Directeur Général de la Sécurité Civile. Nous exigeons que des protocoles stricts de formation, d’interopérabilité radio et des exercices de simulation réelle soient menés avant toute validation d’emploi de l’A400M au-dessus de nos têtes.
Le SNSPP-PATS reste vigilant, libre et indépendant pour défendre ceux qui nous protègent.
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