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50 ans du décret qui a ouvert les corps de sapeurs-pompiers aux femmes

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25 octobre 2026

Il y a cinquante ans jour pour jour, le décret n° 76-1007 du 25 octobre 1976 posait un principe simple : les corps de sapeurs-pompiers pouvaient désormais compter des femmes dans leurs rangs. Un demi-siècle plus tard, le chemin parcouru est réel, mais la mixité reste loin d’être acquise, en particulier chez les sapeurs-pompiers professionnels.

Une phrase qui change tout

Le décret n° 76-1007 du 25 octobre 1976 modifie le décret n° 53-170 du 7 mars 1953, qui organisait les corps de sapeurs-pompiers et fixait le statut des sapeurs-pompiers communaux. Jusque-là, ce statut de 1953 ne mentionnait que des hommes. Le nouveau texte y inscrit une disposition sans ambiguïté :

« Les corps des sapeurs-pompiers communaux peuvent être composés de personnels tant masculins que féminins. »

Signé le 25 octobre 1976, le décret a été officialisé au Journal officiel du 7 novembre 1976. Il ouvre ainsi aux femmes, en droit, l’accès au métier et à l’activité de sapeur-pompier, y compris le recrutement en qualité de sapeur-pompier professionnel.

Avant 1976 : des femmes déjà présentes, sans reconnaissance

Le décret n’est pas né de rien. Cinq ans plus tôt, les fonctions de médecin et de pharmacien de sapeur-pompier avaient déjà été ouvertes aux femmes. La circulaire d’application n° 76-524 du 15 novembre 1976 reconnaissait elle-même une réalité de terrain : des filles et des épouses de sapeurs-pompiers participaient déjà au relevage et au transport des blessés, et assuraient parfois le premier départ des engins d’incendie. Le texte de 1976 a donc d’abord légitimé une présence féminine qui existait déjà, en marge des corps.

Figure de cette période, Françoise Mabille est considérée comme la première femme sapeur-pompier de France. Elle signe son premier engagement au centre de secours de Barentin (Seine-Maritime) le 6 janvier 1974, avec le soutien du maire de la commune, qui fait remonter sa candidature jusqu’au ministère de l’Intérieur. Le décret de 1976 vient légitimer sa présence. Elle deviendra sapeur-pompier professionnelle en 1994 et prendra sa retraite en 2011, après 37 ans de service, au grade d’adjudant. Elle a été faite chevalier de la Légion d’honneur en 2016.

Cinquante ans de progression… à deux vitesses

Les chiffres officiels montrent une progression nette, mais très inégale selon les statuts :

  • Les femmes représentaient à peine 6 % des sapeurs-pompiers en 2003, contre environ 20 % en 2022 (48 204 femmes).
  • Au 31 décembre 2024, selon la DGSCGC, 23 % des sapeurs-pompiers civils, soit 55 037 personnes, sont des femmes.
  • En 2022, on comptait 2 657 sapeuses-pompières professionnelles, soit 6,31 % des SPP, contre 21,38 % chez les sapeurs-pompiers volontaires.
  • Les femmes représentaient la même année 57,16 % des effectifs des services de santé et de secours médical, et 54,96 % des personnels administratifs, techniques et spécialisés des SDIS (6 341 agentes).
  • Sur dix ans, le nombre de femmes a progressé de 66 % chez les SPP et de 50 % chez les SPV.

Autrement dit, si les personnels administratifs, techniques et spécialisés sont aujourd’hui majoritairement féminins, la filière professionnelle opérationnelle reste celle où la féminisation est la plus faible.

Les grandes étapes depuis 1976

  • 2016 – à l’occasion du 40e anniversaire du décret, la DGSCGC présente un plan d’action de 22 mesures pour augmenter la part des femmes et faciliter leur intégration.
  • 2019 – une instruction ministérielle du 22 août 2019 consolide ce plan de féminisation, notamment pour l’accueil des femmes dans les locaux et l’adaptation des équipements.
  • 2020 – la DGSCGC élabore une tenue d’intervention adaptée à la morphologie, aux postures et aux mouvements des femmes.
  • 2021 – la loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021 (dite loi Matras) permet la désignation d’un référent mixité et lutte contre les discriminations dans les services d’incendie et de secours.
  • Plan 2025-2028 – la DGSCGC a présenté un plan d’actions 2025-2028 pour l’égalité professionnelle dans les SDIS, articulé autour de trois axes : inciter, intégrer et accompagner les femmes tout au long de leur parcours.

Un anniversaire qui rappelle le chemin restant

Cinquante ans après, plusieurs freins demeurent. Le Portail numérique des ressources de la Sécurité civile (ENSOSP) relève notamment que 60 % des SDIS n’offrent toujours pas d’accueil spécifique pour les femmes, que 282 signalements de violences sexistes et sexuelles ont été enregistrés en 2023, et que les femmes ne représentaient que 3 % des officiers supérieurs en 2023. Les questions très concrètes de vestiaires et sanitaires séparés, de tenues adaptées et de matériels plus ergonomiques restent par ailleurs soulevées au Parlement, avec la difficulté pour les SDIS de financer ces aménagements de façon homogène sur le territoire.

Le décret du 25 octobre 1976 a ouvert une porte. Cinquante ans plus tard, l’enjeu est de faire en sorte que chaque femme qui la franchit, qu’elle soit sapeur-pompier professionnelle, volontaire ou personnel administratif, technique et spécialisé, puisse y construire une carrière complète, jusqu’aux plus hautes responsabilités.

Le SNSPP-PATS met à l’honneur ses représentantes

Pour cet anniversaire, le SNSPP-PATS fait le choix de mettre en avant les femmes qui ont décidé de s’engager dans la défense des droits sociaux en devenant représentantes des personnels. Élues dans les bureaux des syndicats départementaux, elles siègent dans les instances représentatives des personnels pour défendre les droits des agents.

Sapeuses-pompières professionnelles ou personnels administratifs, techniques et spécialisés, elles portent au quotidien la voix de leurs collègues. Leur engagement prolonge celui ouvert par le décret de 1976 : faire en sorte que les femmes ne soient pas seulement présentes dans les services d’incendie et de secours, mais qu’elles y pèsent aussi dans les décisions qui concernent les conditions de travail et les carrières de tous.