[SNSPP-PATS 73] DECES D’UN SAPEUR-POMPIER VOLONTAIRE DU SDIS DE LA SAVOIE
C’est avec une immense tristesse que nous apprenons le décés du Caporal Baptiste GERFAUD VALENTIN, affecté au centre d’incendie et […]
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Les chiffres mobilisés par le CSFPT, issus de l’INSEE et de la DGAFP, ne laissent guère de place à l’interprétation. En 2023, le salaire net mensuel moyen s’établissait à 2 254 euros dans la fonction publique territoriale, contre 2 886 euros dans la fonction publique d’État, 2 842 euros dans l’hospitalière et 2 735 euros dans le secteur privé. La territoriale est donc le seul versant à se situer sous le niveau moyen du privé.
Une partie de cet écart tient à la structure des emplois : les fonctionnaires de catégorie A ne représentent que 10 % des effectifs territoriaux, contre 48 % dans la FPE. Mais le rapport y voit surtout la marque d’un décrochage structurel, que les évolutions récentes n’ont pas corrigé. Le pouvoir d’achat du salaire moyen a reculé de 0,9 % dans la FPT en 2023, soit davantage que dans la FPE (− 0,4 %). Le rebond de 2024, avec un salaire net moyen porté à 2 317 euros (+ 1,3 % en euros constants), ne doit rien à une politique salariale : il s’explique par le reflux temporaire de l’inflation. Le CSFPT prévient d’ailleurs que la reprise de la hausse des prix en 2026 devrait de nouveau inverser la tendance.
La note confirme la position particulière des services départementaux d’incendie et de secours dans le paysage territorial. Avec 3 030 euros nets mensuels moyens en 2023 et 3 156 euros en 2024, les agents des SDIS affichent la rémunération moyenne la plus élevée parmi les employeurs de la territoriale, loin devant les communes (2 186 euros en 2024) et les départements (2 528 euros). La progression y a également été la plus forte en 2024 : + 2,6 % en euros constants. Par filière, l’incendie et secours arrive en tête avec 3 174 euros mensuels moyens en 2023.
Le CSFPT prend toutefois soin de préciser l’origine de cet écart : il tient aux primes spécifiques dont bénéficient les agents des SDIS, et non au niveau des grilles. Or le rapport souligne que les éléments indemnitaires ne sont que très partiellement pris en compte dans le calcul des pensions. Une rémunération supérieure aujourd’hui n’emporte donc pas des droits à retraite équivalents demain, un point qui mérite d’être gardé à l’esprit dans les débats sur l’attractivité de la filière des sapeurs-pompiers professionnels.
La moyenne affichée par les SDIS masque par ailleurs des réalités très différentes selon les métiers. Les services d’incendie et de secours ne fonctionnent pas qu’avec des sapeurs-pompiers professionnels : les personnels administratifs, techniques et spécialisés y assurent, aux côtés des SPP, l’ensemble des fonctions supports sans lesquelles l’opérationnel ne tiendrait pas, ressources humaines, finances et marchés publics, systèmes d’information, ateliers et maintenance des engins, logistique, habillement, immobilier, restauration, prévention. Ces agents relèvent, pour l’essentiel, des filières administrative et technique de droit commun.
Or ce sont précisément ces filières que les statistiques du CSFPT situent en bas de l’échelle territoriale. En 2023, le salaire net mensuel moyen s’élevait à 2 456 euros dans la filière administrative et à 2 102 euros seulement dans la filière technique, la plus mal rémunérée des grandes filières, seule l’animation se situant en dessous (1 900 euros), alors même qu’elle représente 46 % des effectifs de la fonction publique territoriale. L’écart avec les 3 174 euros de la filière incendie et secours atteint ainsi près de 1 100 euros par mois.
Cette position tient largement à la structure des grades : les fonctionnaires de catégorie C représentent 54 % des effectifs de la territoriale, et c’est très majoritairement dans les filières technique et administrative qu’ils exercent. Or ce sont précisément ces échelons que le tassement des grilles frappe en premier : les agents rattrapés par le SMIC au 1er janvier 2026, puis par l’élargissement du phénomène au 1er juin, se recrutent en grande partie parmi eux. Ces personnels ne bénéficient pas davantage des primes spécifiques attachées à l’activité opérationnelle, alors même qu’une partie d’entre eux assure des astreintes et des interventions hors horaires.
Au sein d’un même établissement, deux agents contribuant à la même mission de sécurité civile peuvent donc connaître des trajectoires salariales très éloignées, un facteur de tension interne que la seule lecture des moyennes par employeur ne fait pas apparaître.
Le cœur du diagnostic porte sur le gel quasi permanent de la valeur du point d’indice. Les revalorisations de juillet 2022 (+ 3,5 %) et de juillet 2023 (+ 1,5 %) n’ont pas compensé une inflation cumulée estimée à 13,9 % sur la période 2022-2025. Le calcul avancé par le rapport est parlant : si le point avait suivi l’inflation depuis 2000, il s’établirait à 6,50 euros au lieu de 4,92 euros aujourd’hui.
La conséquence la plus visible est le tassement des grilles indiciaires par le bas. Au 1er janvier 2026, la revalorisation du SMIC de 1,18 % a fait passer plus de 356 000 fonctionnaires sous le salaire minimum, à savoir l’ensemble des agents relevant des cinq premiers échelons de l’échelle C1 et des trois premiers de l’échelle C2. Ils perçoivent désormais une indemnité différentielle qui, précise le CSFPT, n’ouvre ni cotisation CNRACL ni droits à pension.
La nouvelle hausse du SMIC de 2,41 % au 1er juin 2026 élargit considérablement le phénomène : environ 700 000 agents pourraient être concernés, du 1er au 10e échelon de C1, jusqu’aux sept premiers échelons de C2, aux trois premiers de C3, mais aussi aux cinq premiers échelons de B1 et aux deux premiers de B2. La catégorie A elle-même est rattrapée : un agent de catégorie A au premier échelon ne percevra plus que 77 euros bruts de plus que le SMIC. Autre illustration retenue par la rapporteure : un attaché territorial débutait en 2000 à 1,30 à 1,35 fois le SMIC ; il en est aujourd’hui à environ 1,06 fois.
À cette érosion s’ajoute la suppression, en 2024 puis en 2025, de la garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA), alors même que le nombre de bénéficiaires avait explosé dans toutes les catégories — le nombre de cadres concernés avait plus que triplé entre 2021 et 2023.
Faute de socle indiciaire suffisant, le régime indemnitaire s’est imposé comme la principale variable de rémunération : il représente 25,3 % du salaire brut des fonctionnaires territoriaux. Le CSFPT en dresse un bilan critique. Outre son faible effet sur les pensions, il alimente la concurrence entre collectivités et les inégalités entre agents exerçant des fonctions comparables, les marges laissées par le RIFSEEP se conjuguant à la contrainte financière pesant sur les plus petites structures.
Le rapport relève également la persistance des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, 6,8 % dans la territoriale en 2023, 7 % en 2024, y compris une fois neutralisés les effets de quotité de travail. La filière administrative est directement concernée : les femmes y perçoivent en moyenne 4 880 euros de moins par an que les hommes, et la filière technique connaît elle aussi des différences marquées, accentuées par la présence d’emplois fonctionnels. Les primes y contribuent : elles représentaient 21 % de la rémunération annuelle des hommes contre 18 % de celle des femmes.
Enfin, la contractualisation s’accélère. Fin 2023, la FPT comptait 510 200 agents contractuels, soit 26 % de ses effectifs, après une progression de 6,2 % en un an, très supérieure à la moyenne annuelle observée entre 2011 et 2021 (+ 2,0 %). Le CSFPT y voit une conséquence directe du déficit d’attractivité, aux effets durables sur la stabilité des équipes et les garanties collectives attachées au statut.
Sur le volet indiciaire, le Conseil supérieur demande notamment :
Plusieurs de ces demandes intéressent directement les personnels supports des SDIS : le reclassement des agents de maîtrise en catégorie B, la refonte des grilles de catégorie C, mais aussi l’ajout d’échelons en fin de grille, qui conditionne les perspectives de fin de carrière des agents administratifs et techniques entrés jeunes dans la territoriale.
Le CSFPT réaffirme par ailleurs son opposition, partagée par les employeurs territoriaux et les organisations syndicales, à toute décorrélation du point d’indice, qui ferait disparaître le dernier dénominateur commun entre les trois versants.
Sur le volet indemnitaire, la note pose un principe clair : le régime indemnitaire ne peut servir de variable d’ajustement face à la faiblesse du traitement indiciaire. Elle propose qu’une partie de l’IFSE bascule vers le socle indiciaire, la part variable étant recentrée sur les sujétions particulières et le CIA. Plusieurs dispositifs devraient en outre être réactualisés, au premier rang desquels des sujétions bien connues des agents des SDIS :
La conclusion de la note ne laisse aucune ambiguïté sur le registre choisi : le CSFPT parle d’une crise structurelle majeure, qui fragilise durablement l’attractivité des métiers publics, les capacités de recrutement des collectivités et, à terme, la qualité du service public rendu à la population. La « smicardisation » d’un nombre croissant d’agents en constitue, selon la rapporteure, l’une des manifestations les plus préoccupantes, et remet en cause les principes mêmes du statut : reconnaissance des qualifications, égalité de traitement, garantie d’une carrière.
Pour le Conseil supérieur, la revalorisation des rémunérations territoriales n’est plus une option budgétaire parmi d’autres, mais un choix politique dont dépend l’avenir du service public local. Sans mesures fortes et immédiates, avertit-il, les difficultés de recrutement, les départs vers le secteur privé et la perte de sens au travail continueront de s’aggraver.
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